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La double nationalité

La double nationalité est au centre des discussions animées dans les milieux haïtiens de l’extérieur en Europe comme en Amérique. (…) Le point sur la question telle qu’elle est inscrite dans la Constitution haïtienne de 1987.

dimanche 18 novembre 2007

L’article 13-a de la Constitution haïtienne de 1987 dispose que ’’la nationalité haïtienne se perd par la naturalisation acquise en pays étranger’’. Et, l’article l5 de renchérir que : ’’La double nationalité haïtienne et étrangère n’est admise en aucun cas’’. Pour l’instant l’Etat est indifférent au fait que des centaines de milliers d’Haïtien-ne-s émigré-e-s ou né-e-s à l’extérieur du pays attendent toujours que soit enfin apportée à la question lancinante de la double nationalité, une réponse qui ne nie pas, chantre le bon sens et la raison, l’existence d’un million et demi de filles et fils du pays chassés du terroir ou maintenus de force à l’étranger par l’insécurité post-duvaliériste et la misère.

Peut-être convient-il de le rappeler : le poids des émigré-e-s, c’est au moins 20% du budget de l’Etat. Beaucoup sont prêt-e-s à faire bénéficier de leur savoir-faire et de leurs capitaux à celles et ceux qui sont restés sur place. Ce qui les en empêche, c’est soit l’insécurité que l’on fait régner dans le pays, soit la barrière de feu de la nationalité, en réalité l’une et l’autre.

Nationalité et citoyenneté font deux

On s’épuiserait à dénombrer dans l’espace et le temps celles et ceux qui, malgré la détention de passeports étrangers dont ils ne pouvaient se passer, ont montré, par leur action, leur profond attachement à la terre de leurs ancêtres. Loin de nous, l’idée de dissimuler que la détention de pièces d’identité d’un pays autre que le sien pose parfois des problèmes politiques. Cependant, cette éventualité, qui n’est pas propre à Haïti, ne saurait servir de caution à un nationalisme exacerbé destiné avant tout à cacher un échec culturel, poli- tique, économique et social sur toute la ligne.

Etranger dans son propre pays

Pourquoi le fait d’avoir pris une autre natio- nalité conduit-il sans nuance à être perçu-a comme un-a pestiféré-a dans son propre pays ? Tout-e ressortissant-a haïtien-ne dési- rant recouvrer la nationalité d’origine est soumis-a, au titre de l’article 14 de la Constitution, à des formalités imposées à un étranger. En particulier, assimilé-a à celui-ci, il lui faut, au préalable, résider en Haïti pen- dant cinq années ininterrompues tart. 12- 1). Cinq autres années lui seront nécessaires pour occuper éventuellement un poste dans la fonction publique ou être éligible (art. 12- 2). En fait de mandat électif sont exclues : les fonctions de président-e de la République (art. 135-a), de député-a (art. 9 1- 1) et de délatrice ou sénateur (art. 96- 1). Toute sa vie, ce sera un-e citoyen-ne de seconde zone, à demi suspect-e.

Tel est le sort auquel les constituants ont toujours voué leurs compatriotes de l’extérieur. En 1987, ils n’ont pas dérogé à la règle. Cela s’appelle faire la loi à la tête du client. Dans tout pays où le respect de la personne humaine n’est pas un vain mot, un-e citoyen-ne non condamnée à une peine infamante, telle l’intelligence avec l’ennemi, doit jouir sans restriction de la totalité de ses droits civiques. Cela signifie notamment la possibilité de prétendre à des postes électifs. Pourquoi le fait même de prendre une nationalité étrangère, entraîne-t-il automatiquement en Haïti, la déchéance civique ?

"Diaspora’’ est la nouvelle nationalité dont des fonctionnaires des classes moyennes de l’intérieur affublant les Haïtien-ne-s, naturalisés ou non, regagnant le terroir après un séjour prolongé hors des frontières. Pourquoi un statut d’apartheid institué aux dépens des enfants du pays, poussé-e-s par nécessité à quitter des êtres chers et une terre qui ne l’est pas moins 9. S’agit-il d’une histoire de pouvoir ? Si oui, qu’on le dise sans détour !

Comment expliquer qu’un Etat qui, de gouvernement en gouvernement, se montre indifférent, depuis des générations, au sort des enfants du pays, s’arroge-t-il le droit de mettre au banc de la société celles et ceux qui ont dû quitter Haïti la mort dans l’âme, chassé-e-s soit par la répression, soit par la pauvreté, quand ce ne sont pas les deux ? Comment une jeunesse haïtienne qui a vu le jour à l’étranger et a acquis, par la force des choses, la citoyenneté du pays d’accueil en raison d’une situation imposée aux parents, peut-elle être privée de la nationalité de la terre de Dessalines ? Alors que la contribution scientifique, économique et sportive que ces enfants bannis pourrait apporter à leur terre ancestrale, serait sans pareille, si l’article l5 de la Constitution ne les avait enfermés dans l’enfer de l’exclusion.

Comment, et jusques à quand, pourra-t-on continuer à condamner à la "mort civique’’ plus d’un cinquième de la population haï- tienne. Alors que les aléas de la terre natale lui ont dicté des choix de survie et que l’on sait pertinemment, par ailleurs, que de nombreux dirigeants haïtiens gardent secrète une autre nationalité, même s’ils font semblant d’y avoir renoncé ? Parmi ces privilégié-e-s, figure en bonne place Marie-France Préval, la sœur et secrétaire privée de l’ex- président de la République, elle-même, de nationalité française. Bien d’autres encore pullulent les ambassades et les consulats haïtiens à travers le monde quand ce ne sont pas nos élus des chambres de représentants. Des pays d’Europe, d’Afrique et d’Amérique, de nombreux Etats qui n’ont jamais été des modèles de respect de la personne humaine l’ont eux-mêmes compris depuis longtemps : ils ont créé des organismes, parfois des ministères entiers, voués à leurs émigré-e-s, qui "pèsent’’ en dollars des Etats-unis d’Amérique, 3,5 milliards pour Israël, bien davantage pour le Liban, 700 milliards pour l’Asie. Sourds à ces enseignements, les dirigeants d’Haïti cherchent-ils à faire des leurs une nouvelle race de parias ? Car leur secrétariat des Haïtiens de l’extérieur a toujours été un secrétariat fantôme. La question de la double nationalité demeure une écharde dans les jambes de la République, n’empêche que l’État haïtien doit tenir compte des méfaits de l’irresponsabilité de ses dirigeants.

Par Sergo Alexis, in Diafrorama n° 9 - Trimestriel - février 2001

Lire aussi :
- La double nationalité est envisagée dans le cadre d’une modification de la constitution
- - La double nationalité


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